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Lutte contre la cécité des rivières : Accomplissements
d'un partenariat des secteurs privé et public de 15 années
Le 14 mai 2004, la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health et
la société Merck & Co., Inc. ont co-parrainé
un symposium intitulé " Lutte contre la cécité
des rivières : Accomplissements d'un partenariat des secteurs privé
et public de 15 années ". Ce symposium s'est tenu à
Baltimore, Maryland, aux États-Unis à la Johns Hopkins Bloomberg
School of Public Health, y ont participé de nombreux étudiants
et professionnels de la santé publique.
Ce symposium a été organisé afin de commémorer
la publication d'un recueil d'articles publié dans le numéro
de mars 2004 de la revue Tropical Medicine and International Health
(volume 9, numéro 3, pages A1-A56). Les articles sont basés
à la fois sur une recherche originale et des revues littéraires
afin d'évaluer le Programme de Donation du Mectizan (MDP) et
l'impact de la distribution de Mectizan sur les soins de santé
primaires, l'économie, la morbidité onchocerquienne et
les partenariats des secteurs privé et public pour les services
et programmes de santé. Les auteurs ont conclu que le Programme
de Donation du Mectizan était un succès tout en étant
une opération rentable et ils ont recommandé que le partenariat
ainsi développé serve de modèle pour d'autres organismes
cherchant à établir des programmes de santé semblables.
Le Dr Alfred Sommer, doyen de la Johns Hopkins Bloomberg School of
Public Health, a démarré ce symposium avec une introduction,
puis ont suivi de brèves présentations par les auteurs.
L'exposé du Dr Björn Thylefors, intitulé "
Élimination de l'onchocercose en tant que problème de
santé publique " a permis de décrire l'évolution
de la lutte contre l'onchocercose et les défis à venir
dans ce domaine. Le Dr Thylefors a tout d'abord expliqué le statut
actuel et futur du Programme de Donation du Mectizan et a indiqué
qu'à l'heure actuelle le traitement de masse est en cours dans
34 des 35 pays endémiques avec plus de 50 millions de traitements
approuvés en 2003. Les défis à venir comprennent
l'atteinte de l'objectif de traitement final en Afrique estimé
à plus de 90 millions de personnes par an, l'élimination
de l'onchocercose des Amériques, une évaluation et un
suivi continus et une recherche opérationnelle afin de maintenir
l'efficacité des programmes.
Mme Traci Phillips a ensuite présenté un article intitulé
" Le Programme de Donation du Mectizan : Évaluation d'un
partenariat entre les secteurs public et privé ". Cette
étude a permis d'évaluer le partenariat des secteurs public
et privé du PDM avec d'autres intervenants dans le domaine de
la lutte contre l'onchocercose. Les méthodes d'étude comprennent
une enquête auprès de 25 personnes provenant de 21 organismes
travaillant en collaboration avec le PDM et des entretiens semi directifs
avec des experts hautement spécialisés dans la lutte contre
l'onchocercose. L'évaluation a porté principalement sur
les avantages offerts aux organismes partenaires, le coût de la
participation, l'exercice de l'autorité et la gestion. Les objectifs
de cette étude étaient les suivants : 1) déterminer
la façon dont les relations à long terme étaient
maintenues entre divers groupes de partenaires et 2) déterminer
si le modèle de partenariat du PDM pouvait être répliqué
avec d'autres initiatives du secteur de la santé publique. En
conclusion, il a été indiqué que le PDM a constamment
fait preuve d'un leadership solide et compétent. Les facteurs
ayant contribué au succès du programme comprennent un
engagement de haut niveau, une bonne entente établie dès
le début du programme et des rôles et des relations clairement
définis entre les différents partenaires.
Le Dr Hugh Waters a ensuite présenté un exposé
intitulé " Évaluation économique de la distribution
du Mectizan ", basé sur une revue d'articles traitant de
l'impact de la distribution du Mectizan sur les indicateurs économiques.
Dans le cadre du Programme de Lutte contre l'Onchocercose en Afrique
de l'Ouest (OCP, Onchocerciasis Control Program in West Africa), la
distribution du Mectizan a permis d'améliorer le contrôle
de vecteur comme moyen d'élimination de l'onchocercose en tant
que problème de santé publique. Des études menées
dans la région couverte par l'OCP ont montré que la productivité
de la main d'œuvre a augmenté grâce à la prévention
de la cécité et que les terres arables, jusque là
désertées à cause de la maladie, ont été
repeuplées une fois la transmission de l'onchocercose réduite.
Le Dr Waters a expliqué que le fait que le Mectizan soit fourni
gratuitement par Merck & Co., Inc. contribuait de manière
importante à l'impact économique positif du programme.
Il a indiqué que " la valeur économique du Mectizan
en elle-même pour un an était supérieure aux avantages
économiques prévus de sa distribution sur une période
de 20 ans ou plus ". Il a conclu en indiquant que le développement
d'un macrofilaricide efficace améliorerait hautement les efforts
d'élimination de la transmission de l'onchocercose ; cependant,
en attendant, la distribution de Mectizan est un moyen économiquement
viable et efficace de lutte contre cette maladie.
Le Dr Gil Burnham a ensuite commenté l'article intitulé
" La distribution du Mectizan (ivermectine) ". Cet article
décrit l'évolution de la distribution du Mectizan et les
stratégies et outils développés ayant abouti au
succès de la distribution de masse du médicament. L'évaluation
des populations à risque afin d'établir les régions
de traitement de masse prioritaires a été l'un des défis
mentionnés dans l'article. Au départ, les données
épidémiologiques ont été collectées
au moyen de biopsies cutanées exsangues pratiquées sur
les membres des communautés infectées, ces biopsies étaient
ensuite examinées au microscope pour prouver l'infection. Cette
méthode effractive a été plus tard remplacée
par des examens pour détecter la présence de nodules sous-cutanés
associés à une infection onchocerquienne. La prévalence
au sein de la communauté a été déterminée
comme étant une fois et demi le pourcentage de personnes présentant
des nodules dans l'échantillon testé. La méthodologie
de cartographie épidémiologique rapide de l'onchocercose
(REMO, Rapid Epidemiological Mapping of Onchoerciasis) utilise des facteurs
épidémiologiques, entomologiques et cartographiques, tels
que la distance entre les communautés et les lieux de reproduction
des vecteurs afin de cartographier l'endémicité de l'onchocercose.
À l'heure actuelle, la plupart des pays africains ont utilisé
la méthodologie REMO afin d'identifier les régions endémiques
à l'onchocercose et d'établir des zones de traitement
de masse prioritaires.
La prochaine étape importante a consisté en la distribution
du Mectizan basée sur les communautés. Plusieurs Organisations
de Développement Non Gouvernementales (ODNG) qui distribuaient
le Mectizan ont vite réalisé que pour atteindre un taux
de couverture plus élevé il était important d'impliquer
les communautés à la fois dans la création des
programmes de distribution et dans la sélection des distributeurs
communautaires. Pour adresser cette question, l'approche dite Traitement
à l'Ivermectine sous Directives Communautaires a été
élaborée puis peaufiné au fil des années.
Cette démarche s'est avérée être la méthode
préférée de distribution de masse selon une étude
multinationale effectuée en 1995 sous l'égide du Programme
Spécial de l'Organisation Mondiale de la Santé pour la
Recherche et la Formation en matière de Maladies Tropicales (World
Health Organization Special Programme for Research and Training in Tropical
Diseases) en collaboration avec le Programme Africain de Lutte contre
l'Onchocercose et l'OCP. Cette étude a montré que les
communautés planifiant leurs propres programmes de distribution
de masse ont obtenu une couverture plus élevée que celles
où le personnel de santé planifiait la distribution. En
outre, cette approche est praticable et efficace dans divers pays et
cultures.
La création d'un partenariat étendu comprenant les organismes
suivants : le Programme de Donation du Mectizan, Merck & Co., Inc.,
la Banque Mondiale, l'Organisation Mondiale de la Santé, les
ministères de la Santé et des ODNG a également
contribué au succès du traitement de masse au Mectizan
avec des partenaires travaillant ensemble en vue d'obtenir un soutien
technique et financier et de résoudre des questions d'ordre opérationnel.
Le maintien de l'engagement des gouvernements et des communautés
envers le programme suite au déclin de la cécité,
le maintien de l'intérêt porté par les donateurs
en dépit d'autres priorités sanitaires et l'intégration
éventuelle de la distribution du Mectizan à d'autres interventions
de santé constituent les principaux défis à venir
auxquels se trouve confronté le partenariat.
Le dernier exposé intitulé " Impact de l'Ivermectine
sur la maladie et le handicap associé à l'onchocercose
" a été présenté par le Dr James Tielsch.
Cet article passe en revue les essais cliniques sur le traitement de
l'onchocercose au Mectizan, les investigations sur les effets du Mectizan
sur les maladies de la peau et des yeux et des études sur l'impact
du traitement au Mectizan sur la cécité et le handicap
associé à cette maladie. Le Mectizan est reconnu comme
un moyen de traitement bien toléré et efficace contre
l'onchocercose qui a eu une répercussion importante sur la réduction
de la prévalence de la cécité et des maladies de
la peau et sur la transmission de la maladie dans des régions
où la distribution est effectuée avec une couverture élevée.
En outre, on a rencontré peu d'effets secondaires oculaires et
systémiques, ceci même chez des patients souffrant d'une
charge parasitique élevée. Au cours de cette présentation,
le Dr Tielsch a souligné qu'outre ses avantages cliniques, il
semble que le Mectizan entraîne également une réduction
importante de la capacité de reproduction des vers adultes, ce
qui contribue à la réduction de la transmission de l'onchocercose.
Il a également remarqué qu'il était possible que
l'impact sur l'espérance de vie sans invalidité (EVSI)
associée aux maladies de peau était semblable à
celui sur l'EVSI associée aux maladies oculaires. Cette étude
a également passé en revue l'impact positif du Mectizan
sur d'autres infections dues aux helminthes intestinaux, ce qui contribue
au succès des programmes de distribution de masse. Le Dr Tielsch
a terminé sa présentation en expliquant que bien que l'élimination
de l'onchocercose ne soit pas possible du fait d'obstacles politiques,
économiques et sociaux (exception faite de l'Amérique
latine où les foyers sont de taille réduite et géographiquement
limités), les traitements de masse ont un impact important sur
l'onchocercose et la poursuite des programme de lutte contre l'onchocercose
au moyen du Mectizan est nécessaire afin d'assurer le maintien
des avantages acquis.
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